Dieu en question

Un prêtre lors d’un repas lance ceci à propos de Dieu : « parfois on se demande ce que fait le type d’en haut! » Ce prêtre voulait ainsi exprimer sa déception devant l’état du monde, tout en blâmant Dieu pour cette situation. Combien de chrétiens et de chrétiennes réagissent ainsi. Et la question qui me vient spontanément à l’esprit est la suivante : mais en quel Dieu croyez-vous au juste?

Le déficit d’incompréhension à l’endroit de la providence de Dieu est directement proportionnel à notre incompréhension vis-à-vis l’état précaire de notre condition humaine. Ce que nous ne parvenons pas à assimiler c’est à la fois la tragédie de notre condition mortelle, avec tout son cortège de souffrances et de calamités, et la toute-puissance de Dieu. Pourquoi sa force ne vient-elle pas contrebalancer notre état de faiblesse, nous demandons-nous?

Le combat de Dieu en notre faveur se situe à un autre niveau. Nous sommes enfermés par le péché dans un cycle infernal que notre condition humaine nous oblige à assumer jusqu’à notre dernier souffle. C’est le mystère du Mal. Nous sommes dans la dèche, mais Dieu vient nous sauver. Il nous appelle à entrer dans son éternité, dans son amour insondable, et pour y arriver il nous envoie son Fils.

Jésus est venu nous apprendre à vivre pleinement notre condition humaine, bien que cela ne nous dispense pas de la souffrance et de la mort. Il y a là un passage obligé qui n’est pas voulu par Dieu, mais dont il veut nous sauver. Grâce au Christ notre vie est marquée à jamais de l’empreinte divine, du don de l’Esprit Saint. Avec lui nous apprenons à durer et à grandir dans ces combats quotidiens où la mort cherche à l’emporter sur la vie. Avec lui nous sommes vainqueurs, même si les épreuves de la vie demeurent entières et ne s’évanouissent pas comme par enchantement de notre horizon terrestre.

Grâce au Christ nous savons que la vie triomphera. C’est cette victoire que nous revendiquons à Pâques et à chaque eucharistie, victoire qui nous sera donnée définitivement lors du retour du Christ. Telle est notre foi. Avec le Christ nous apprenons à obéir au Père, à dire avec lui: « Père, que ta volonté soit faite », et nous devenons peu à peu des intimes de la vie trinitaire, des intimes de l’amour qui bat en son cœur. Elle est là l’action de Dieu en notre faveur, le miracle de Dieu dans nos vies, et non dans la suspension des lois de la nature.

Le chrétien ne croit pas en un Dieu magicien, un “deus ex machina“. Il croit en un Dieu Père, dont il ne devrait jamais douter de la sagesse dans la conduite du monde, du moins s’il a foi en lui. C’est le simple bon sens.

Journal. Prologue (1)

Compte tenu  de la période des vacances et comme je me prépare à aller vivre au Rwanda pour une année à compter du mois d’août prochain, je me dois d’interrompre mes billets. Je vous propose donc une reprise du journal déjà publié sur ce blogue en 2006. À tous, je souhaite un été des plus reposant et ressourçant.

Je me propose de vous livrer un texte écrit il y a quelques années et qui présente le cheminent spirituel d’un frère. Il y voit un devoir de témoigner de cette grâce toujours offerte par Celui seul qui peut changer nos destinées. À chaque lundi j’en présenterai un extrait. En voici donc le prologue en guise d’entrée en matière :

globeParce que tu as aimé cette terre Seigneur, voilà qui me donne d’espérer quand je sens ma foi vacillante. À voir vivre tes enfants rieurs, comment ne pas sentir la tendresse de ton regard posé tout doucement sur chacun d’eux. Tu es là ! Je le crois. Et je devine ta joie, car c’est ma joie. Et je connais ta peine lorsqu’ils souffrent, car c’est la mienne, et elle ne peut venir que de Toi.

Et du plus profond de mon impuissance monte en moi cet appel à les consoler avec Toi ! À prendre avec Toi ce poids de douleur qui accable notre Terre jusqu’à plus soif. Mais je te découvre plus pauvre que moi. Plus pauvre que moi dans ta toute-puissance. Et ton amour n’en finit plus d’attendre les deux mains clouées sur le bois. Qui donc prendra sur lui le poids de ta croix? Faut-il être entré dans ta gloire pour mesurer le poids infini de ta souffrance et trouver la force de l’assumer avec Toi?

Pourquoi te cacher derrière ce silence qui enveloppe l’univers comme si, sur le point de parler, tu retenais ton souffle, l’espace d’un instant. Un instant d’éternité où l’Homme attend les yeux tournés vers le ciel…

Pourtant, tout dans l’univers ne s’écrie-t-il pas: « Gloire! »

« Des astres créés, aux rires des enfants, contemplez Celui qui vient! Celui qui Est! Contemplez! Il est là, aux portes du monde, et vous êtes chez Lui. L’univers est son jardin et l’Homme, un promeneur solitaire qui cherche son chemin. N’entendez-vous pas sa voix? »

Et l’Homme, reste là, hébété au cœur du jardin, soûlé par le poids de sa vie, ne sachant plus où regarder quand tout, autour de lui, l’appelle vers Toi.

Nous aurais-tu donc créés aveugles?

Pourtant, un jour, mes yeux ont vu. C’était de nuit. C’est bien connu, tous les saints le disent, tu ne viens que de nuit. Tu es venu vers moi parce que je t’avais appelé, je t’avais supplié… Il y a de çà longtemps, et c’est maintenant, tellement le souvenir en est vivace. Ton Nom alors s’est gravé en ma mémoire, en moi qui ne suis rien, une passion inutile d’après certains. Tu es venu au cœur de ma faiblesse et de ma peur. Tu as dit les mots qui seuls pouvaient me relever : j’étais aimé de Toi !

La rencontre de l’autre

François Varillon, dans son livre : « Un chrétien devant les grandes religions », pose la question suivante : « Qu’est-ce que le christianisme m’apporte d’absolument unique et irremplaçable? Il est vrai que, lorsque les chrétiens ne sont pas capables de répondre à cette question, on peut se demander s’ils sont vraiment chrétien et pourquoi ils le sont » (p. 26). Le jugement de Varillon ici est sévère, surtout à une époque où tant de choses sont relativisées. Mais fondamentalement, il a raison. La suite du Christ ne peut pas être ramené tout simplement à un style de vie parmi d’autres, ou à une question de culture ou d’habitude. Qu’est-ce qui me fait vivre comme chrétien? That is the question , comme dirait Shakespeare. “To be or not to be.”Naturellement, à une époque où la notion de tolérance a fait des gains considérables, où l’oecuménisme a donné naissance en quelque sorte au dialogue inter-religieux (pensons à la première rencontre inter-religieuse d’Assise en 1984), l’on constate que le contre-coup de cette ouverture à l’autre semble être la tentation de relativiser ce qui fait la spécificité de chacun. Cette tentation est grande dans le dialogue oecuménique et inter-religieux, tant au niveau des intervenants, qu’au niveau du grand public, du croyant ordinaire, qui en arrivent à penser que toute croyance renvoie à la même réalité, que tout se vaut. Cela entraîne alors un certain relativisme qui tend à dévaluer la spécificité de l’expérience spirituelle chrétienne. Un intellectuel Hindou, Ananda K. Coomarasvamy affirme, face à ce courant contemporain : “La tolérance moderne est dans une large mesure le symptôme, soit de l’indifférence envers la vérité ou l’erreur spirituelle, soit de la conviction que la vérité ne pourra jamais être connue.” (Cité in F. Varillon, p.22)

Le bonheur est dans le pré

« Je ne perds pas confiance en Dieu et je n’attends ni miracle, ni solution magique. Avec humour, je dirais que j’essaie simplement d’être plus patient que Dieu. Peut-être va-t-il céder le premier et ouvrir le chemin devant moi de guerre lasse! »

Voilà ce que j’écrivais à une amie il y a quelques jours. Un peu d’humour, mais beaucoup de vérité. À mon corps défendant parfois, je dois reconnaître que plus nous configurons notre existence au temps de Dieu et plus nous entrons dans une relation de confiance et d’abandon qui nous rend capables de tout supporter, car alors il ne reste plus que l’amour.

Il y a des situations dans la vie où l’on a le sentiment de ressembler à ce bétail dans les prés, qui regarde passer le train au loin, impassible. Le cortège de wagons s’en va vers un autre ailleurs, bien loin vers un pays imaginaire, alors que l’on reste là sur place.

Il arrive que la foi soit mise à rude épreuve au coeur de cette attente. Il faut alors s’accrocher et mettre son espérance dans Celui qui est le Dieu de toute espérance. Je pense ici à saint Dominique, dont on dit qu’il avait “planté dans le ciel l’ancre de son espérance”. J’aimerais bien vivre ma foi ainsi.

Je me souviens de l’un de mes professeurs de théologie, lors du cours sur la vertu théologale de l’espérance, et qui insistait beaucoup pour dire que notre foi reposait sur une “espérance de certitude”. Comme le rappelle saint Paul, “l’espérance ne trompe pas, car l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné” (Rom. 5, 5).

Il ne s’agit pas de pensée magique, ni de se concocter un happy-ending hollywoodien. Non! Mais quand on a la foi en Dieu, il faut l’avoir jusqu’au bout, même si nos rêves restent parfois en plan au bord de la route. Une porte se ferme, Dieu ouvre une fenêtre. Le moine ruminant que je suis se doit de croire que le bonheur est dans le pré, dans ces pâturages où le Seigneur nous mène au gré des âges de la vie, au début d’un été à peine né.

Pourquoi je crois

Un correspondant m’écrit ce qui suit: « Il faudrait que, de temps à autres, Dieu répète les miracles qu’on relate dans le nouveau testament. Je crois en Lui (je pense) mais, en même temps, j’ai un gros doute. Je crains que tout ce qu’on se dit ne soit que des mots, répétés afin de se conforter face au néant. »

J’ai souvent souhaité pouvoir donner ma foi comme l’on donne de son sang car, pour reprendre une exclamation de Jean-Paul II lors d’une homélie: « Comment cacher la joie qui nous habite ». Nous voulons partager cette joie avec tous, mais souvent les mots sont traîtres: ils dénaturent notre pensée, le message ne passe pas, sans parler de notre manque d’exemplarité qui vient souvent contredire le témoignage que nous sommes appelés à donner.

De plus, la foi est tellement personnelle que les mots ne sont que des phares qui éclairent faiblement la route devant soi. Mais il faut oser s’avancer, seul, avec le désir de connaître Dieu.

Quant à moi, les éléments déterminants qui m’assurent que ma foi n’est pas qu’un réconfort face au néant sont les suivants:

1. Il y a tout d’abord l’expérience bien personnelle de l’amour de Dieu dans ma vie, d’un sentiment intime de sa présence qui me nourrit dans mes engagements et dans mon sens à la vie depuis des années sans jamais défaillir. Voilà bien un miracle dont je suis le premier bénéficiaire et dont je suis témoin. Inexplicable!

2. La foi en Dieu est aussi une source de joie et de paix, d’une plénitude qui trouve sa confirmation dans la vie des autres chrétiens. Il y a entre nous cette espèce de reconnaissance qui nous dit que nous puisons à la même source, et cette source nous fait vivre, elle devient notre bien le plus précieux. L’autre nous renvoit à nous-mêmes.

3. Enfin, bien que l’énumération que je fais est bien partielle, il y a l’exemple, la profondeur et la richesse des vies de ceux et celles qui sont marqués par le Christ. Je veux parler ici des saints et des saintes d’aujourd’hui et d’hier. Je reconnais en eux le même dynamisme de vie, le même appel, qui semble à l’œuvre dans ma vie, et chaque fois cela vient me confirmer combien il est vrai et combien il est grand cet amour de Dieu pour nous, qu’il a la force de transformer une vie. Le témoignage de leur vie me fait m’exclamer à chaque fois: “C’est donc vrai!”

Voilà. Je pense convaincre personne, car ce ne sont que des mots. Il faut vous approcher vous mêmes de Dieu, même dans la nuit, et crier vers lui. Après tout, on l’appelle le “bon” Dieu. Allez! N’ayez pas peur.

Pourquoi l’eucharistie?

Dernière Cène

L’un des plus beaux témoignages qu’il m’ait été donné d’entendre au sujet de l’eucharistie est celui d’un étudiant italien que j’ai connu à l’Université et qui, suite au décès subit de sa mère, est retourné d’urgence dans son pays pour les funérailles. Le soir des funérailles, il s’est retrouvé seul à la maison avec son père et ils ont préparé le repas en silence. Ce repas était composé de mets que la mère avait préparés quelques jours auparavant. Et au moment de commencer à manger, les odeurs familières de la cuisine familiale, le partage de la nourriture qui rappelait tellement celle qui la préparait avec soin et affection, ont fait se rappeler au père et à son fils, d’une manière très émouvante, le souvenir de celle qui était partie, mais dont l’amour s’exprimait encore dans cette nourriture partagée. Et ils parlèrent très tard ce soir-là de celle qu’ils aimaient et qui les avait quittés. Après avoir vécu ce repas, cet étudiant m’a dit qu’il avait alors compris le sens de l’eucharistie comme jamais auparavant.

En écoutant ce récit, on croirait réentendre l’histoire des disciples d’Emmaüs qui reconnurent le ressuscité à la fraction du pain. Et pourtant, cette belle histoire que je viens de vous raconter est bien loin de nous révéler le sens profond de l’eucharistie. Mais c’est une piste très belle et très pertinente, je pense.

Dans l’eucharistie nous retrouvons bien sûr la dimension du repas partagé, le souvenir d’un être aimé, mais là s’arrête toute comparaison, car ce n’est pas un absent qui nous rassemble, mais une présence bien vivante. Quand Jésus invite à faire mémoire de lui, en partageant le pain et le vin, il faut savoir que « faire mémoire » dans la tradition juive c’est rappeler aujourd’hui un évènement de salut opéré par Dieu en notre faveur. Ainsi, la Pâque juive fait mémoire de la traversée de la mer Rouge et quand cet évènement est célébré, chaque juif qui la célèbre entre dans l’actualité du geste sauveur de Dieu en faveur de son peuple. On ne fait pas que se souvenir, on entre dans l’évènement, on le vit et on est soi-même sauvé.

Mais pourquoi Jésus nous laisse-t-il le souvenir de son dernier repas, un peu à la manière d’un testament, en demandant à ses disciples de le perpétuer en tant que témoins privilégiés de ses dernières volontés : « Vous ferez cela en mémoire de moi! »? Pourquoi Jésus nous donne-t-il l’eucharistie? C’est la question que je pose aux lecteurs et lectrices de ce blogue.

Les anglophones disent : “Food for thought”! (De la nourriture pour votre réflexion!) Laissez-moi vos réflexions sur la question.

À la synagogue

Il y a quelques années, lors d’un voyage en Europe, j’ai eu l’occasion de visiter la très ancienne synagogue de Rome. Ce qui me frappa d’entrée de jeu c’est la ressemblance avec nos églises. Lorsque nous visitons une synagogue nous ne sommes pas vraiment en terrain inconnu bien qu’il n’y ait pas d’autel.Il y a bien sûr la disposition des bancs qui est familière, avec la place réservée pour les livres de prières, il y a aussi un lieu pour la proclamation de la Parole, mais ce qui surprend le plus c’est le lieu où sont déposé les textes de la Torah, i.e. la Parole de Dieu. Ce lieu s’appelle “arche sainte”.

L’arche sainte ressemble à un immense tabernacle avec un magnifique voile brodé d’or placé devant afin d’en cacher la porte métallique, qui est elle-même magnifiquement ornée. Il s’agit bel et bien d’un lieu sacré. L’on pense ici au voile du Temple de Jérusalem derrière lequel seul le grand prêtre pouvait entrer, et qui cachait aux regards le lieu de la présence de Dieu.

L’arche sainte est le lieu le plus vénéré de la synagogue. À côté y brûle perpétuellement une lampe (ner tamid), comme la lampe du sanctuaire de nos églises, qui montre que la parole de Dieu, contenue dans la Torah, est lumière. En visitant une synagogue l’on saisit à quel point le peuple Juif est le peuple de la Parole.

Une église catholique reprend sensiblement les mêmes dispositions physiques que celles de la synagogue avec son ambon où la Parole de Dieu sera proclamée, mais derrière le voile du tabernacle, ce n’est plus le livre de la Parole que l’on dépose mais le Corps du Christ. Dans le tabernacle l’on dépose et vénère la Parole vivante faite chair, le Verbe de Vie, et une lampe est perpétuellement allumée afin d’en indiquer la présence. Oui, “le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous”. Voilà ce que nous rappelle sans cesse cette lampe du sanctuaire.

Comme le souligne Jacques de Bourbon-Musset : « l’Absolu s’est incarné et porte un visage, le visage de Jésus-Christ ! ». Le Verbe de Dieu s’est fait pain pour la route, accomplissant ainsi la vision du prophète Ezéchiel, où l’ange lui tendait le rouleau de la Parole de Dieu en lui disant « prends et mange ». Cette vision atteint sa pleine réalisation en Jésus-Christ, lui qui nous donne sa vie en partage: “Prenez et mangez, prenez et buvez…”. C’est le mystère de l’Eucharistie, «…la suprême offrande de la charité divine à la charité humaine et comme la suprême action de grâces de la charité humaine à la charité divine” (Maurice Zundel).

“Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous,” voilà le mystère que recèle pous nous, catholiques, le tabernacle de nos églises, ce lieu sacré qui trouve son impulsion première dans le Temple de Jérusalem et ensuite à la synagogue. Il y a là un lien étroit qui nous rappelle combien nous devons chérir cette foi commune qui nous rattache au peuple d’Israël, aux enfants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

La Sainte Trinité

La Trinité, c’est Dieu en trois personnes, en trois modes d’être et d’agir. Prenons l’exemple de saint Grégoire de Nazianze : « Le Père est la source, son Verbe est le fleuve, l’Esprit est le courant du fleuve ».

Sainte Trinité de Roublev

Sainte Trinité de Roublev

En Dieu, il y a tout d’abord Dieu Créateur qui se révèle comme Père. Il faut prendre ce mot avec toute la charge affective et culturelle qu’il comporte dans le milieu sémitique. Le père est celui qui engendre, qui donne la vie, qui protège et qui veille sur les siens. Le Dieu trinitaire est un père pour ses enfants. Saint Augustin emploie l’image suivante : le Père est le feu, le Fils est la lumière et l’Esprit Saint est la chaleur du feu. Maître Eckhart, dominicain allemand du XIVe siècle, disait: “Le Père rit au Fils et le Fils rit au Père et le rire fait naître le plaisir, et le plaisir fait naître la joie, et la joie fait naître l’amour.” (Sermon 18).

Le Dieu trinitaire est aussi un Dieu qui parle, qui est Parole, Verbe, car une parole dite par Dieu est porteuse de sa toute-puissance, elle accomplit ce qu’elle dit. Dieu dit : « Qu’il y ait des étoiles dans le firmament », et cela fut. Dieu crée par sa Parole et cette parole est Dieu. Elle est vivante. Elle accomplit ce que le Père désire. Elle lui est liée comme un Fils à son Père, un Fils qui est la parole éternellement engendrée par le Père, comme le fleuve par la source. Une Parole éternellement créatrice puisqu’elle vient du Père. Tout se fait et tout se crée par elle et rien ne se fait sans elle. Et elle ne fait qu’un avec le Père, car elle fait toujours sa volonté : « Je suis venu pour faire la volonté de mon Père ». C’est cette parole vivante, le Fils du Père, qui deviendra parole faite chair : « car Dieu a tellement aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique ».

Ce mystère est tellement inouï dans ce qu’il nous révèle de ce Dieu qui veut se faire connaître de nous. C’est comme si nos mots d’amour étaient capables de prendre forme, de devenir vivants pour exprimer à l’être aimé toute la charge affective dont ils sont porteurs. Comme ce serait extraordinaire pour les amoureux et les grandes amitiés. Pourtant, c’est ce qui se réalise par le Fils, le Verbe de Dieu : « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. » (1 Jn 1-4).

Enfin, il y a l’Esprit Saint. Si la Parole est attachée à Dieu comme un Père à son Fils, et qu’elle est capable de se dire et de s’écrire dans une chair humaine, l’amour qui jaillit de cette union du Père au Fils et du Fils au Père s’incarne à son tour pourrait-on dire. Cette communion entre le Père et le Fils, est comme un feu brûlant qui jaillit en création, qui embrase tout l’univers et qui est l’expression même de l’amour qui est en Dieu, et qui unit et le Père et le Fils. Ce feu c’est l’Esprit Saint qui est déposé dans le coeur des disciples : “Notre coeur n’était-il pas tout brûlant au dedans de nous…” (Luc 24, 13 et ss. Actes chap. 2).

Ô Trinité éternelle!

« O Trinité éternelle! ô Déité! … vous êtes une mer sans fond où plus je me plonge, plus je vous trouve, et plus je vous trouve, plus je vous cherche encore. De vous, jamais on ne peut dire : c’est assez ! L’âme qui se rassasie dans vos profondeurs vous désire sans cesse, parce que toujours elle est affamée de vous, Trinité éternelle… Car j’ai goûté et j’ai vu, avec la lumière de mon intelligence dans votre lumière, votre abîme, ô Trinité éternelle, et la beauté de la créature. En me contemplant en vous, j’ai vu que j’étais votre image, et que vous m’avez donné votre puissance à vous, Père éternel, avec dans mon intelligence la sagesse, qui est votre Fils unique, en même temps que l’Esprit-Saint qui procède de vous et de votre Fils, faisait ma volonté capable de vous aimer… O abîme, ô Divinité éternelle! Océan sans fond! »

(Sainte Catherine de Sienne. Oraison 22, 10)

Pentecôte : Lumière de feu jaillit du matin de Pâques!

Vous êtes-vous déjà demandé ce que serait la fête de Pâques sans la Pentecôte, sans le don de l’Esprit Saint? Pâques serait alors la fête de Jésus seul, grand vainqueur de la mort. Car comme le dit saint Paul dans l’épître aux Romains, c’est l’Esprit du Christ qui nous donne d’avoir part à sa vie de ressuscité. Sans l’Esprit Saint il ne peut y avoir de résurrection. Sans la Pentecôte, Pâques ne serait plus une victoire pour notre humanité. Mais il y a eu Pentecôte et c’est un événement capital dans l’histoire du salut, tout autant que la fête de Pâques.

Giotto. La Pentecôte

Quand Jésus parle du don de l’Esprit Saint, il évoque une vie intérieure nouvelle pour les disciples. Une vie qui est faite de communion, de participation à l’amour de Dieu, et qui est aussi une forme de connaissance nouvelle et plus profonde de qui est Dieu. L’Esprit de Vérité, dont parle Jésus, l’Esprit qui enseigne, qui fait se souvenir le disciple des enseignements du Maître, cet Esprit poursuit en nous l’action du Christ enseignant. Le disciple devient une terre d’accueil à l’action et à la présence du Christ en lui comme jamais cela n’a été possible auparavant, même pour les Apôtres avant la résurrection. Il y a là une nouveauté sans précédent dans l’histoire spirituelle de l’humanité. De ce lieu historique et temporel où Dieu s’est révélé en Jésus-Christ, jaillit une grâce surabondante pour tous les hommes et les femmes de tous les temps, de toutes races, langues et nations : le don de l’Esprit Saint étend au monde entier la mission de Jésus Christ!

Car quel est le but de Dieu, sa volonté à notre endroit? De quoi Dieu rêve-t-il pour nous, si ce n’est que nous apprenions à le connaître et à l’aimer. Cette connaissance progressive du Dieu créateur et Père de l’humanité est un processus qui s’étale sur des milliers d’années de l’histoire humaine, mais la connaissance que Dieu nous donne d’avoir de lui dans l’histoire va atteindre un point culminant et de non-retour en Jésus Christ : Dieu lui-même nous visite en son Fils. Et le but de cette Incarnation est de nous permettre d’entrer plus avant, comme jamais auparavant, dans cette union intime qui lie le Père au Fils et le fils au Père. Le Fils de Dieu vient nous révéler l’amour qui l’unit au Père afin de nous donner de connaître toute la largeur, la hauteur, la profondeur de l’amour de Dieu. Mais seul le don de l’Esprit Saint pouvait nous donner d’entrer dans cette intimité qui unit le Père et le Fils.

Désormais le Christ n’est plus confiné à un territoire, à une époque, aux limites d’un corps humain, mais il peut enfin se donner à tous par le don de son Esprit, l’Esprit d’amour et de Vérité qui nous rend capables d’aimer Dieu comme lui.

La Pentecôte, c’est l’Esprit Saint qui nous donne de devenir véritablement des disciples du Christ tout autant que les Apôtres, qui nous rend capables de reconnaître Jésus Christ comme Seigneur et Fils de Dieu.

C’est l’Esprit Saint qui met dans notre bouche la parole de vérité et de réconciliation et qui nous rend capables de professer notre foi en ce Dieu Père, Fils et Esprit Saint.

C’est lui qui met en nous des langues de feu capables d’annoncer avec force et courage la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, car la présence de l’Esprit Saint en nos vies c’est la présence même du Christ ressuscité, présent à son église jusqu’à la fin des temps!

Voilà l’extraordinaire mystère que nous célébrons en cette fête de la Pentecôte!
Bonne fête de la Pentecôte!

La prière et les larmes

Je connais des personnes qui pleurent facilement lorsqu’elles entendent dire de belles choses sur Dieu, ou lorsqu’elles partagent leur foi dans l’intimité d’une rencontre avec un ami croyant, ou qui pleurent parfois lorsqu’elles prient. C’est un don! On l’appelle “le don des larmes”. Parfois ce sont des larmes plus proches de la peine que de la joie, mais la peine que l’on éprouve quand l’on constate combien l’on est encore loin de Dieu ou du prochain, combien la perfection nous échappe.

Pas des larmes de culpabilité, mais des larmes où se manifeste le désir de la perfection spirituelle. Des larmes porteuses d’un certain désir de l’infini, de la grâce, et qui demandent à Dieu la force d’aimer davantage. Ce sont des larmes où la joie spirituelle n’est jamais absente malgré le sentiment de manque.

D’autres fois, ce sont des larmes où l’amour de Dieu pour nous et l’amour que l’on ressent pour Dieu est tellement grand que l’on en pleure de joie. On pleure de joie devant ce sentiment d’être tellement aimé, tellement chanceux de connaître Dieu et de vivre cette intimité en lui. Et l’on pleure. Pleurs de joie, pleurs de reconnaissance, pleurs devant la soif d’infini qui est en nous et que Dieu vient rassasier en son Fils Jésus Christ, en nous donnant à boire l’eau vive. Et pourtant, cette soif se renouvelle à chaque fois et devient encore plus profonde, plus sainte!

Voici un passage du Dialogue où Catherine de Sienne parle justement des larmes :

« Maintenant je t’ai dit comment la larme procède du coeur; le coeur la tend à l’oeil, l’ayant récoltée de l’ardent désir, comme le bois vert qui est dans le feu, qui par la chaleur de l’eau gémit, parce qu’il est vert – s’il était sec, non, il ne gémirait pas – ainsi le coeur, reverdi par le renouvellement de la grâce, en ayant retiré la sécheresse de l’amour propre qui dessèche l’âme. De sorte que sont unis feu et larmes, c’est-à-dire désir embrasé. Et comme le désir ne finit, jamais il ne se rassasie en cette vie, mais plus il aime, moins il lui semble aimer, et ainsi s’exerce le saint désir qui est fondé en charité, et avec ce désir l’oeil pleure. »

Un texte extraordinaire sur le “saint désir” qui fait pleurer, comme le bois vert dans le feu qui distille son eau. C’est un processus de communion à Dieu, mais aussi un processus de purification. Et quand nous nous serons laissés brûler par ce feu d’amour, nous en arriverons à ne plus faire qu’un avec le feu, avec le Dieu trois fois Saint; sans nous confondre, sans perdre notre personnalité, sans perdre même ce corps qui est le nôtre et qui nous suivra dans l’éternité.

Visite chez mon dentiste

Grand voilier le Grand TurqueTout est prêt. Le ronron discret et menaçant de la technologie, la musique d’ambiance et le patient résigné que je suis. Contre mauvaise fortune bon coeur!

L’on incline ma chaise au point où je suis pratiquement couché à l’horizontale. Au plafond, astuce de dentiste me dis-je, il y a un grand poster sur lequel on aperçoit une flotte de petites embarcations entourant un grand voilier magnifique. Le tout vu à vol d’oiseau. Tous les petits voiliers et les hors-bords convergent vers le grand voilier, sur fond de mer bleu corail. Me voilà fasciné! Je vois dans cette photo comme une allégorie de la vie, de la quête de l’absolu…

Entre alors dans mon champ de vision le regard attentif de mon dentiste. Un regard intelligent, soucieux et bienveillant penché sur moi. Un regard tout entier consacré à cette dent qu’il faut sauver.

Et si Dieu se penchait ainsi sur nous? Une présence qui se manifesterait à travers l’autre. Et voilà qui me relance sur cette grande question de la proximité à l’autre qu’évoque Jésus dans son Évangile.

L’autre est marqué de l’empreinte de Dieu. Non pas qu’il soit Dieu, mais il possède en partage ce qui marque l’être même de Dieu : l’intelligence, l’amour, la compassion. Ces qualités Dieu en fait don à l’Homme, au point où elles deviennent liées intimement à son être. En l’autre, je puis contempler quelque chose de Dieu. pissenlitL’autre me devient précieux à cause de ce qu’il est, aimable pour ce qu’il est, car Dieu le rend digne d’amour, sujet de mon émerveillement. Tout comme l’on se saisit d’admiration devant la plus belle des fleurs. Comment l’expliquer? Sinon que la fleur est investie de beauté et que la beauté est la nourriture même de l’âme. Oui, je sais, les fleurs ne sont pas toutes belles, et pourtant dans toutes les fleurs s’exprime le génie du Créateur. Elles sont toutes une pensée de Dieu, du pissenlit au cactus!

C’est Maurice Zundel qui écrit dans une homélie pour le premier dimanche de l’Avent: “Dans les autres, il y a l’Autre et c’est parce que dans les autres le destin de Dieu est engagé, c’est parce qu’il est mis en question par chaque décision de la volonté, c’est à cause de cela que le prochain nous est confié, c’est à cause de cela que nous avons la charge des autres, parce qu’en eux nous avons la charge de l’Autre”. Mystérieusement je me sens l’objet de ce mystère assis sur la chaise de mon dentiste.

Je quitte la clinique un peu plus léger. Je n’ai vraiment rien ressenti cette fois-ci.

Le Credo et l’amour

Un lecteur m’a confié qu’il lui était difficile d’adhérer au Credo, et du fait même à l’Église, car il n’y était pas affirmé explicitement que Dieu est Amour. Voici ma réponse :

Je vais vous citer Simone Weil qui a cette remarque pleine d’à-propos dans une lettre au Père Perrin :

« Quand d’authentiques amis de Dieu – tel que fut à mon sentiment maître Eckhart – répètent des paroles qu’ils ont entendu dans le secret, parmi le silence, pendant l’union d’amour, et qu’elles sont en désaccord avec l’enseignement de l’Église, c’est simplement que le langage de la place publique n’est pas celui de la chambre nuptiale. » (Weil, Simone. Oeuvres. Quarto Gallimard, 1999. p.778.)

Peut-être en a-t-il été ainsi quand l’Église a voulu professer sa foi dans un Credo au tout début du christianisme. Il faut chercher derrière les mots. Il y est question d’un Dieu “Père”, “créateur”, d’un fils unique qui souffre, qui meurt crucifié, de la communion des saints, de la vie éternelle. Vous voyez : tout cela me parle d’amour. C’est un Credo qui remonte au deuxième siècle de l’Église alors qu’elle était encore une enfant.

Il faut lire ce Credo en lisant la vie de Jésus dans les Évangiles, en lisant les plus belles paroles jamais écrites sur l’amour de Dieu dans les textes de saint Jean. Le Credo de l’Église c’est aussi tout cela, et c’est à la lumière de ces textes qu’il prend vie.

« Il vit et il crut! »

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En relisant le récit de la course passionnée de Pierre et de Jean vers le tombeau vide, comment ne pas voir dans leur sillage les souvenirs enchevêtrés de ces trois années d’itinérance passées avec Jésus. Comme il était grand leur espoir! Trois années nourries des rêves les plus fous… et puis la mort tragique, la fin brutale de celui qu’ils aimaient. Et quoi maintenant? Quelle est cette nouvelle? Le souffle se fait haletant, mais le pied, lui, reste ferme. Et si c’était vrai? Ils n’osent y croire. À bout de souffle, le regard inquiet, les voici au tombeau, le plus jeune devançant le plus vieux. Le commentaire est stupéfiant par sa brièveté : « Il vit et il crut! »

Et nous voilà projetés hors du tableau, 2009 et quelques poussières… Et cette image de Pierre et de Jean, le matin de Pâques, métaphore de notre vie de foi, continue d’habiter la mémoire de tous ceux et celles qui, un soir ou un matin, se sont retrouvés étonnés, devant un tombeau vide. Le tombeau vide de leurs doutes et de leurs craintes; le tombeau vide de leur impuissance, de leur manque de foi. Un tombeau à la porte ouverte, irradiant la lumière matinale, sa béance pleine d’une présence, le regard intérieur s’allumant soudainement à l’expérience de foi : « Il vit et il crut! »

La foi au Christ ressuscité, avant d’être de l’ordre du croire, est avant tout de l’ordre du voir. C’est la reconnaissance d’une présence intérieure, une présence d’amour infinie devant laquelle la foi se prosterne et adore : « Il vit et il crut! »

C’est l’amour qui croit! C’est le regard aimant de Jésus Christ posé sur nous, qui nous attire vers lui. Et cet appel intérieur, du plus profond de nous-mêmes, se fait pressant, comme pour nous dire : « Vous pensiez avoir enterré tous vos espoirs. Mais regardez, c’est plein de vie dedans. » Parole de Ressuscité!

Saint Joseph, travailleur

La foi n’est pas quelque chose de désincarné, elle se fraie un chemin à travers notre quotidien, un quotidien qui est béni et voulu par Dieu, et qui est le lieu de nos engagements et de nos amours. C’est ce que vient nous rappeler cette fête de saint Joseph travailleur.

Jésus lui-même a vécu notre réalité humaine à l’école de Joseph et de Marie. On l’appelait le fils du charpentier, celui qui œuvrait avec son père Joseph. On voit à travers les paraboles de Jésus et de ses enseignements combien il avait appris à fouler la terre, à se salir les mains. Il savait qu’une maison ne pouvait se construire que sur une base solide, qu’une vigne avait besoin d’être émondée et avait besoin de fumier pour porter du fruit, qu’une semence devait être jetée sur une bonne terre, que le bon vin était fait pour la fête, que le pain rassasiait la faim des hommes, que l’on pouvait prévoir le temps qu’il fera demain en regardant l’horizon. Jésus savait jeter le filet pour la pêche, il savait aussi jeter son regard dans les coeurs, il savait combien la peine pouvait nous peser, combien le pardon et l’amitié pouvaient être bienfaisants dans nos vies, il savait surtout combien nous avions besoin de nous nourrir de l’amour de Dieu.

C’est tout cela que Jésus a vécu et appris à l’école de Joseph et de Marie dans l’apprentissage de son humanité. Et c’est à cette école du travail, de la famille et de la solidarité humaine qu’il nous invite à nous engager avec lui, à l’exemple de saint Joseph.

Nouvelle déclaration choc de Benoît XVI

A son retour à Rome, par une belle après-midi ensoleillée, le Pape aurait confié à une journaliste : “Il fait beau aujourd’hui !”. Ces propos ont aussitôt soulevé dans le monde entier une immense émotion et alimentent une polémique qui ne cesse de grandir.

Quelques réactions :

Le maire de Bordeaux : Alors même que le pape prononçait ces paroles, il pleuvait à verse sur Bordeaux ! Cette contre-vérité, proche du négationnisme, montre que le pape vit dans un état d’autisme total. Cela ruine définitivement, s’il en était encore besoin, le dogme de l’infaillibilité pontificale !

Le Grand Rabbin de France : Comment peut-on encore prétendre qu’il fait beau après la Shoah ?

Le titulaire de la chaire d’astronomie au Collège de France : En affirmant sans nuances et sans preuves objectives indiscutables qu’il “fait beau aujourd’hui”, le pape témoigne du mépris bien connu de l¹Église pour la Science qui combat ses dogmes depuis toujours. Quoi de plus subjectif et de plus relatif que cette notion de “beau” ? Sur quelles expérimentations indiscutables s¹appuie-t-elle ? Les météorologues et les spécialistes de la question n¹ont pas réussi à se mettre d’accord à ce sujet lors du dernier Colloque International de Caracas. Et Benoît XVI, ex cathedra, voudrait trancher, avec quelle arrogance ! Verra-t-on bientôt s’allumer des bûchers pour tous ceux qui n’admettent pas sans réserve ce nouveau décret ?

L’Association des Victimes du Réchauffement Planétaire : Comment ne pas voir dans cette déclaration provocatrice une insulte pour toutes les victimes passées, présentes et à venir, des caprices du climat, inondations, tsunamis, sècheresse ? Cet acquiescement au temps qu’il fait montre clairement la complicité de l’Église avec ces phénomènes destructeurs de l’humanité, il ne peut qu’encourager ceux qui participent au réchauffement de la planète, puisqu’ils pourront désormais se prévaloir de la caution du Vatican.

Le Conseil Représentatif des Associations Noires : Le pape semble oublier que pendant qu’il fait soleil à Rome, toute une partie de la planète est plongée dans l’obscurité. C’est là un signe intolérable de mépris pour la moitié noire de l’humanité !

L’Association féministe Les Louves : Pourquoi “il” fait beau et pas “elle” ? Le pape, une fois de plus s’en prend à la légitime cause des femmes et montre son attachement aux principes les plus rétrogrades. En 2009, il en est encore là, c’est affligeant !

La Ligue des Droits de l’Homme : Ce type de déclaration ne peut que blesser profondément toutes les personnes qui portent sur la réalité un regard différent de celui du pape. Nous pensons en particuliers aux personnes hospitalisées, emprisonnées, dont l’horizon se limite à quatre murs ; et aussi à toutes les victimes de maladies rares qui ne peuvent percevoir par leurs sens l’état de la situation atmosphérique. Il y a là, sans conteste, une volonté de discrimination entre le “beau”, tel qu’il devrait être perçu par tous, et ceux qui ressentent les choses autrement. Nous allons sans plus tarder attaquer le pape en justice.

A Rome, certains membres de la Curie ont bien tenté d¹atténuer les propos du pape, prétextant son grand âge et le fait qu’il ait pu être mal compris, mais sans succès jusqu’à présent.

(Vous l’avez bien deviné, il s’agit d’un mot d’humour d’un auteur anonyme)

Pâques 2009

Joyeuses Pâques à tous les fidèles
lecteurs et lectrices du moine ruminant!

Résurrection

Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!

Étant donné l’absence du webmestre de ce site jusqu’au 3 mai prochain, ce blogue sera donc mis en suspend jusqu’à son retour, ce qui me donnera une petite vacance. frère Thomas

Elles étaient trois…

Christ de Fra Angelico

Christ ressuscité de Fra Angelico
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Elles étaient trois. Trois femmes dont l’histoire a retenu le nom : Marie de Magdala, Jeanne, et Marie, la mère de Jacques. Elles étaient trois à l’aube de ce matin qui ressemblait à tous les autres matins du monde dans la ville sainte ensommeillée. Trois ombres craintives, accablées par la mort de celui qu’elles avaient suivi jusqu’au Calvaire. Mais surtout trois femmes déconcertées par la disparition du corps de celui qu’elles venaient voir une dernière fois afin de l’embaumer.

En soumettant ces faits au jugement de l’histoire ou à l’enquête judiciaire, une conclusion s’impose d’elle-même : le corps ne fut jamais retrouvé, il fut sans doute enlevé par ses partisans. Le dossier est clos! Pourtant, la suite de l’histoire a de quoi étonner et c’est sans doute ce qui permet d’affirmer que nous sommes devant la disparition la plus spectaculaire de tous les temps.

Alors que Jérusalem cherchait à oublier les événements de la veille, et qui pourtant marqueront à jamais sa destinée; alors que les Apôtres eux-mêmes croyaient que ces femmes radotaient, un constat s’impose : la nouvelle incroyable se répandit avec la vitesse de l’éclair et embrasa peu à peu tout le bassin de la Méditerranée.

Il n’y a plus de place ici pour l’observateur impartial, le journaliste ou l’historien. De ce matin semblable à tous les autres matins jaillit l’extraordinaire nouvelle du matin de Pâques : Christ est ressuscité! Alléluia!

Pourtant, l’expérience du tombeau vide n’explique en rien la foi des disciples du Christ. Ce serait là un bien faible appui sur lequel miser sa vie. L’événement est d’un autre ordre. Le tombeau vide n’est qu’un signe avant-coureur qui prépare les Apôtres à une rencontre avec le Ressuscité où la foi seule est sollicitée. La résurrection du Seigneur Jésus, qu’annoncent les anges, est la réalisation d’une promesse longtemps attendue, où Dieu affirme que la vie est plus forte que la mort, que le vivant, en commençant par le Christ, n’a pas sa place dans les tombeaux du monde.

Trois femmes ont accueilli la Bonne Nouvelle à l’aube de ce matin où chantaient tous les matins du monde, et leurs voix, se joignant à celles des anges, se font entendre jusqu’à ce jour :

« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, il est ressuscité! »

Car voyez-vous, au matin de Pâques, la Vie a pris la clé des champs, la route des écoliers. Depuis lors, elle va d’ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher librement à la suite de cet homme de Galilée, lui le premier des vivants!

Homélie pour la Vigile pascale

Icône de la Résurrection

Si nous sommes ici en cette nuit de Pâques, c’est que le témoignage des trois femmes du récit évangélique est parvenu jusqu’à nous, par vaux et par monts, retransmis de siècle en siècle, jusqu’à retentir à nos oreilles et dans nos cœurs. Ces trois femmes sont les premières témoins du matin de la résurrection et nous recevons leur précieux témoignage sans omettre de nous interroger en cette nuit et de nous demander : qui est le Christ pour nous? Que cherchons-nous en cette semaine et en cette nuit où nous avons pris de notre temps afin de revivre avec le Seigneur Jésus le chemin de sa passion?

Il ne peut y avoir qu’une soif en nous qui nous fait nous avancer ainsi en cette Vigile, comme Marie Madeleine, Jeanne et Marie, vers le tombeau vide. Dans le livre de ses Confessions, Dieu dit à Augustin : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé! » Ce Dieu, plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes, est celui-là même qui est à la source de notre désir. En Jésus Christ, nous proclamons en cette sainte Vigile, que le Christ avec sa Parole de vérité est celui qui nous fait vivre. Qu’il fait de nous, avec lui, des vivants! C’est pourquoi la fête de Pâques est la grande fête de notre foi, et tous les textes sacrés entendus en cette nuit sont une invitation qui nous est faite à nous réapproprier le premier matin de Pâques, afin de redécouvrir l’extraordinaire nouveauté de Jésus ressuscité en nos vies.

Chacun et chacune de nous sommes venus au Christ par des chemins tout aussi différents que nous ne le sommes les uns des autres. C’est une recherche commune qui nous unit et parce que nous cherchons ensemble et que nous croyons ensemble, nous ne cessons d’approfondir le don que Dieu nous fait en Jésus Christ et nous ne cessons de nous en émerveiller.

Mais il y a bien des manières de s’attacher à Lui et si chacun de nous pouvait prendre la parole ce soir, nous serions émerveillés par la diversité des cheminements et des raisons qui nous font suivre le Seigneur Jésus. Imaginons un peu ce que l’on pourrait entendre :

« Si je suis ici ce soir, c’est que j’ai trouvé en Jésus un homme qui a vécu et parlé de la vie comme nul autre. Il se dégage une telle force dans sa manière de me montrer le chemin qui mène à Dieu que je crois en sa parole. »

« Si je crois au Christ, c’est que le témoignage de sa vie s’est imposé à moi. Si la vie a un sens, si elle vaut la peine d’être vécue, c’est de donner sa vie comme Jésus l’a fait pour les plus petits et les plus faibles d’entre nous. Voilà ce qui me fait vivre, et, pour moi, il n’y a pas de plus grand maître sur cette route que le Seigneur Jésus. »

« Si je suis ici ce soir, c’est peut-être parce qu’à force de méditer les évangiles, à tenter de les vivre dans mon quotidien, je me suis attaché à cet homme Jésus. Comme si tout à coup, cet inconnu de la Galilée, m’était devenu proche, comme un ami, un conseiller. À travers son message d’amour et de pardon, la vie de cet homme s’est mise à compter pour moi. Je me suis surpris à l’aimer, à être touché par son combat, comme si sa lutte était devenue la mienne. »

« Si je crois au Christ, c’est qu’en cheminant avec des chrétiens, en approfondissant ma vie de prière, en me nourrissant des sacrements, Jésus est devenu une présence vivante en moi, dont je ne pourrais plus me passer. Comme si la foi en Jésus et en sa parole me faisait vivre à mon tour ce qu’ont vécu tous ceux et celles qui l’ont suivi avant moi : ce sentiment d’être aimé par lui, accueilli avec mes rêves et le poids de mes faiblesses. »

« Si je suis ici ce soir, c’est qu’au cœur de l’épreuve et de la maladie, il était le seul en dernier lieu, vers qui je pouvais me tourner dans mon impuissance; et je n’ai pas été déçu. Mystérieusement le Dieu de Jésus-Christ était au rendez-vous et dans ma prière j’ai trouvé la paix, en dépit de ma souffrance, j’ai trouvé le courage de porter ma croix avec lui. C’est pourquoi je crois en lui. »

À tous ces témoignages, j’ajouterais que nous croyons au Christ parce que la pierre qui retenait la vie a été roulée sur le côté. La vie qui était captive de la mort a été libérée de ses entraves. Il est devenu notre éternel printemps et il a fait de nous des intimes de Dieu.

Un philosophe grec (Héraclite) disait, il y a déjà 2, 500 ans : « Si tu ne sais pas espérer, tu ne pourras jamais accueillir l’inespéré. » En cette Sainte Vigile, qui est la mère de toutes les vigiles, de toutes les attentes au cœur de la vie des hommes, nous proclamons que l’inespéré s’est fait chair, que le Fils du Père a habité parmi nous et qu’il a vaincu la mort.

Trois femmes ont accueilli la Bonne Nouvelle à l’aube de ce matin où chantaient tous les matins du monde. Et leurs voix, se joignant à celles des anges, se font entendre jusqu’à ce jour : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, il est ressuscité! » Car, voyez-vous, au matin de Pâques la vie a pris la clé des champs, la route des écoliers. Depuis lors, elle va d’ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher à la suite de cet Homme de Galilée, lui le premier des vivants!

Réjouissons-nous! Célébrons! Rendons grâce à Dieu! Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité! Alléluia!

Le lion qui dort

Veuillez excuser la longue introduction avant d’en arriver au but de ce blogue, mais je crois humblement que la démarche proposée en vaut la peine.Lion qui dortRécemment les studios Walt Disney on produit un film intitulé : Les Chroniques de Narnia: L’Armoire Magique, tiré du roman de C.S. Lewis, célèbre auteur anglican du XXe siècle.

Voici une brève description de ce conte fantastique. Le commentaire qui suit dévoile un aspect important du film (avis aux cinéphiles):

Il s’agit “des exploits de quatre enfants de la famille Pevensie -Lucy, Edmund, Susan et Peter – qui, à l’époque de la Seconde guerre mondiale en Angleterre, entrent dans le royaume de Narnia par une armoire magique en jouant à cache-cache dans une maison de campagne appartenant à un vieux professeur. Là, ils découvrent un royaume enchanteur et paisible habité par des bêtes parlantes, des nains, des faunes, des centaures et des géants condamnés à vivre dans ce monde où règne l’hiver depuis longtemps depuis que Jadis, la Sorcière Blanche, a pris le pouvoir. Sous les conseils du lion Aslan, un dirigeant noble et mystique, les enfants s’engageront dans une lutte spectaculaire pour tenter de libérer Narnia de l’emprise de la Sorcière Blanche.”

Un point tournant du film est celui où le lion Aslan donne librement sa vie afin de sauver le jeune Edmund qui avait trahi les siens. La Sorcière Blanche avait le droit de réclamer la vie de Edmund, mais Aslan s’offre à sa place. Aslan sera donc immolé par la Sorcière Blanche, mais comme l’offrande du lion Aslan est un acte d’amour parfait, il va ressusciter et mener son royaume à la victoire.

C.S. Lewis a voulu présenter une allégorie de la foi chrétienne dans ses contes de Narnia, rédigés surtout à l’intention des enfants. À n’en pas douter, le lion Aslan est sûrement inspiré de ce très vieux texte d’Éphrem le Syrien, diacre, qui écrivait dans son deuxième nocturne du Vendredi Saint :

“Dans une grande douceur, Jésus est conduit à sa Passion, bénissant ses douleurs à toute heure. Il est conduit au jugement de Pilate qui siège au prétoire, à la sixième heure on le raille, jusqu’à la neuvième heure Il supporte la douleur des clous, puis sa mort met fin à sa passion, à la douzième heure. Il est déposé de la croix : on dirait un lion qui dort.”

On dirait un lion qui dort! Comme cette image est puissante et évocatrice dans cette représentation du Seigneur Jésus face à sa mort. Elle nous aide à entrer dans le secret du silence qui enveloppe le coeur de l’Église en ce samedi saint.

Cette image du “lion qui dort” ne se retrouve pas dans les évangiles, bien sûr, et pourtant n’est-ce pas cette tranquille assurance, cette imperturbable confiance qu’évoque la scène de la tempête apaisée où l’on nous présente Jésus qui dort au milieu d’une mer déchaînée (Marc 4, 35 et ss.).

“Le lion qui dort” c’est à la fois le Fils de Dieu dans sa toute-puissance invincible, et c’est aussi le Fils de l’Homme, Jésus, qui s’en remet complètement au Père et qui nous invite à cette même confiance.

Comment ne pas entendre ici le psaume 131 où la figure du psalmiste évoque celle de Jésus dans sa parfaite obéissance au Père:

“Seigneur je n’ai pas le coeur fier…
Non, mais je tiens mon âme
égale et silencieuse;
mon âme est en moi comme un enfant,
l’enfant sevré contre sa mère.”

“Pourquoi avez-vous si peur? Vous n’avez pas encore de foi?”, dit Jésus à ses disciples apeurés dans la barque. Encore aujourd’hui, en cette veille de Pâques, la question nous est posée à nous aussi. Trop souvent nous avons peur en tant que chrétiens. Nous sommes inquiets, incapables de vivre notre foi dans cette assurance tranquille qui était celle du Christ. En ce Samedi saint laissons donc monter cette prière vers lui:

“Seigneur, viens au secours de notre manque de foi. En cette veille de la fête de ta glorieuse résurrection, regarde non pas notre foi mais la foi de ton Église, et accorde-nous cette grâce pascale d’en vivre toujours, avec l’assurance du lion qui dort!”