Lettre à Dieu de l’abbé Pierre

Abbé Pierre

«Père, je vous aime plus que tout. Je ne supporte de vivre si longtemps que par cette certitude en moi : mourir est, qu’on le croit ou non, Rencontre. (…) Trop de mes frères humains restent au bord de vous aimer. Pitié pour eux et pitié pour l’Univers. Père, j’attends depuis si longtemps de vivre dans votre totale présence qui est, malgré tout, Amour.»

Pour en savoir plus sur l’Abbé Pierre

“Qu’ils soient un!”

Le mouvement oecuménique, est une réalité toute récente dans l’histoire de l’Église. Non pas qu’à travers les siècles, il n’y ait pas eu de tentatives de rapprochement entre les parties divisées du Corps du Christ, mais l’oecuménisme est un mouvement qui s’est développé en-dehors d’une décision d’autorité ou de rencontres entre chefs d’Églises. C’est un mouvement qui a ses racines dans le peuple de Dieu. Il s’est imposé comme une nécessité aux yeux d’un grand nombre de chrétiens et de chrétiennes, pour qui l’oecuménisme est un fruit de l’Esprit. Ce mouvement vise à rendre actuelle la prière que Jésus faisait à son Père, peu de temps avant sa passion : ” Qu’ils soient un comme nous nous sommes un !”Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres et l’idéal de l’unité dans l’Église demeurera toujours un défi, et ce, jusqu’à la fin des temps. Mais Jean-Paul II lui-même a fixé l’arrivée du troisième millénaire comme un moment privilégié à saisir pour l’Église, afin qu’elle s’engage plus résolument sur la voie de la communion. Cette recherche est un devoir moral qui incombe non seulement à toutes les Églises, mais à tous les chrétiens et chrétiennes. Comme le soulignait Mgr Pezeril : ” Il n’y aura jamais de désaveu plus sévère par Dieu de nos désunions que cette grâce, répandue en nous tous par son Esprit, de l’invoquer, de le chanter, de l’aimer, de nous perdre en lui. ” (tiré de Congar, Yves. Je crois en l’Esprit Saint. Tome II. Cerf, 1979. p. 261).

L’on dit que le plus long des voyages commence par un pas.

Semaine de l’unité des chrétiens

A chaque année, partout dans le monde, cette semaine est consacrée à l’unité des chrétiens. C’est une semaine de prière, de rencontres et de réflexions, visant à permettre un rapprochement entre les différentes confessions chrétiennes. Il serait tentant d’appeler cette semaine « la Semaine de prière » pour l’unité des théologiens et des chefs d’Église. Car il serait aisé d’affirmer que nous n’y sommes pour rien si les Églises sont séparées et que c’est en haut lieu que ces questions se sont décidées, entre chefs d’Églises, entre rois et chefs de guerre. Les peuples ont tout simplement suivi. L’on pourrait nous comparer aux enfants du divorce qui, sans être responsables du divorce de leurs parents, doivent continuer à vivre avec l’un des deux, entre les deux. Naturellement, en rester à une telle vision serait un peu simpliste, car nous avons un rôle à jouer vis-à-vis l’avenir, et ce serait s’illusionner que de penser que les germes de divisions qui déchirent l’Église ne sont pas aussi en nous.Cette semaine de l’Unité des chrétiens n’est donc pas tout à fait une fête. On ne peut quand même pas célébrer une blessure, surtout lorsqu’elle atteint tout le corps du Christ et qu’elle devient un scandale pour plusieurs, qu’ils soient chrétiens, incroyants ou membres d’une autre religion. Mais nous pouvons quand même à l’occasion de cette semaine prendre la mesure de la distance parcourue sur le chemin de l’unité et constater à quel point le XXe siècle a marqué un tournant majeur et irréversible dans cette recherche de l’unité perdue. La détermination d’un Jean-Paul II ne fait qu’illustrer à quel point l’Église prend au sérieux ce défi de retrouver la pleine communion avec nos frères et sœurs dans le Christ.

Cette semaine de l’unité est paradoxale puisqu’elle nous invite à nous ouvrir davantage au dialogue avec les autres confessions chrétiennes, ce qui est réjouissant, et, en même temps, cette semaine n’a de sens que si elle est vécue en quelque sorte comme un mini-Carême, un temps de pénitence et de prière pour l’unité, un temps pour se reconnaître à la fois pécheurs et blessés par cette situation. Le manque d’unité entre les chrétiens ne peut que nous faire souffrir si nous aimons véritablement l’Église.

Paul VI disait :”L’on ne peut aimer le Christ si l’on n’aime pas l’Église”. Et il me semble que cette semaine de l’Unité est une semaine idéale pour réfléchir non seulement sur notre attitude à l’endroit des chrétiens des autres confessions, mais aussi sur notre manière d’appartenir à l’Église. Car les divisions ont leur source au coeur même des hommes et des femmes qui forment l’Église, et qui oublient trop souvent que d’être appelés Peuple de Dieu veut dire aussi être membres d’un seul Corps qui est le Christ.

Nul n’est croyant pour lui-même. Ce n’est pas uniquement à titre d’individus que nous sommes croyants, mais c’est avant tout à titre de Peuple de Dieu, dont chacun de nous est un membre essentiel et indispensable. Le croyons-nous vraiment que nous sommes une part indispensable du Corps du Christ ? Et si nous le croyons, il nous faut en arriver à la même conclusion pour tous nos frères et sœurs du monde entier.

Cet idéal nous échappera toujours ici-bas dans sa pleine réalisation, car nous sommes pécheurs. Mais en cette semaine de l’Unité, nous nous tournons vers Dieu, vers son Christ, afin de nous rappeler que c’est en lui et par lui que se fera notre unité définitive en Église, une Église une et universelle. Car comment pourrions-nous aimer le Christ si nous n’aimons pas l’Église et tous ceux et celles qui en sont les membres.

Déjà vendredi

Déjà vendredi et je n’ai rien écrit de la semaine… Plusieurs projets qui mijotent et qui laissent peu de temps au temps. Hier soir, c’était le groupe biblique, un groupe que j’anime depuis septembre dernier et où je m’émerveille toujours devant la foi des gens. Une foi simple, entière et tenace, qui ne se paye pas de mots ou de formules. Qui est! tout simplement. Qui endure, qui assume sans avoir toutes les réponses. C’est une foi têtue, qui espère parfois contre toute espérance, et qui est belle à voir.

C’est ma grâce que d’être le témoin de la foi des gens et qui chaque fois me fait dire: “Oh! Comme j’aimerais donner la foi si c’était en mon pouvoir!” Un peu comme l’on donne de son sang à la Croix-Rouge. Il me reste mon désir et ma prière. Et Dieu, bien sûr, qui s’arrange avec tout cela.

Et pourquoi ne pas finir la semaine avec ce beau texte de Charles Péguy:

La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance.
La foi ça ne m’étonne pas
Ce n’est pas étonnant. J’éclate tellement dans la création.
Dans le soleil et dans la lune et dans les étoiles.
Dans toutes mes créatures.
Dans les astres du firmament et dans les poissons de la mer.
Dans l’univers de mes créatures…
La charité, dit Dieu, ça ne m’étonne pas.

Mais l’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne
Moi-même.
ça, c’est étonnant

La Foi est une épouse fidèle
La Charité est une mère…
L’espérance est une petite fille de rien du tout…
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes,
Cette petite fille de rien du tout.

Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

(Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu)

Le problème du mal

Maurice ZundelDans son magnifique volume “L’évangile intérieur” Maurice Zundel aborde la question du mal. Il a ces paroles belles et profondes:

« Il y a des douleurs si grandes qu’elles vous laissent sans paroles. On éprouve devant elles une sorte de honte de sa propre sécurité. On voudrait oublier tout ce qui n’est pas en harmonie avec la détresse dont on est témoin, on voudrait se cacher dans l’ombre d’une prière silencieuse, pour envelopper les êtres qui souffrent de la seule Présence qui n’est jamais étrangère. »

Et si l’au delà était au-dedans ?

Poème anonyme

Il y a la joie qui vient du dedans et il y a celle qui vient du dehors.

Je voudrais que les deux soient tiennes,
Qu’elles remplissent les heures de ton jour,
et les jours de ta vie;
Car lorsque les deux se rencontrent et s’unissent,
il y a un tel chant d’allégresse
que ni le chant de l’alouette
ni celui du rossignol
ne peuvent s’y comparer.
Mais si une seule devait t’appartenir,
Si pour toi je devais choisir,
Je choisirais la joie qui vient du dedans.

Parce que la joie qui vient du dehors
est comme le soleil qui se lève le matin
et qui, le soir, se couche.
Comme l’arc-en-ciel qui paraît et disparaît;
Comme la chaleur de l’été qui vient et se retire;
Comme le vent qui souffle et passe;
Comme le feu qui brûle puis s’éteint…
Trop éphémère, trop fugitive…
J’aime les joies du dehors.
Je n’en renie aucune.
Toutes, elles sont venues dans ma vie quand il fallait…

Mais j’ai besoin de quelque chose qui dure;
De quelque chose qui n’a pas de fin;
Qui ne peut pas finir.
Et la joie qui vient du dedans ne peut finir.
Elle est comme une rivière tranquille, toujours la même;
toujours présente.
Elle est comme le rocher,
Comme le ciel et la terre qui ne peuvent ni changer ni passer.

Je la trouve aux heures de silence,
aux heures d’abandon.
Son chant m’arrive au travers de ma tristesse et de ma fatigue;
Elle ne m’a jamais quitté.
C’est Dieu;
c’est le chant de Dieu en moi,
Cette force tranquille qui dirige les mondes et qui conduit les hommes;
et qui n’a pas de fin, qui ne peut pas finir.

Il y a la joie qui vient du dedans et il y a celle qui vient du dehors.
Je voudrais que les deux soient tiennes.
Qu’elles remplissent les heures de ton jour et les jours de ta vie…
Mais si une seule devait t’appartenir
Si pour toi je devais choisir,
Je choisirais la joie qui vient du dedans.

La joie de Noël

Le temps de Noël nous sollicite de bien des manières, comme aucune autre période de l’année. Noël a marqué l’imaginaire des peuples, partout où le christianisme est passé, même là où la foi au Christ ne semble être qu’un vague souvenir. Les gens aiment se mettre le coeur en fête en ce temps de l’année, comme si un appel lointain retentissait même dans les cœurs les plus endurcis, comme si le temps de Noël nous appelait à nous ouvrir à un don venant du ciel.

Le temps de Noël évoque à la fois une ambiance festive et joyeuse, où l’on se surprend à vouloir décorer nos villes et nos villages. Cette joie des fêtes semble indissociable d’une fête de la lumière, comme si au coeur de nos nuits, l’on attendait la venue de quelqu’un, de quelque chose d’extrêmement précieux.

Le temps de Noël évoque aussi un sentiment assez unanime d’entraide à l’endroit des plus démunis. Comme si la joie et la charité se donnaient rendez-vous à l’occasion de la naissance du sauveur. Il ne faut pas avoir peur de ce mot charité, qui vient du mot latin caritas qui désigne ce qui est « cher », ce qui coûte. La charité c’est l’amour parfait qui vient de Dieu et que nous sommes appelés à imiter, à faire preuve d’un amour qui coûte. Et cela nous le constatons autour de nous, en tout temps de l’année, mais le temps de Noël semble susciter encore plus cet élan du coeur qui se veut sensible au prochain.

Pour nous chrétiens, que joie et charité se conjuguent n’est pas quelque chose de surprenant. Bien sûr l’on pourrait reprendre la parole de Jésus qui dit qu’il y a beaucoup plus de joie à donner qu’à recevoir. Mais la joie chrétienne qui est intimement liée à la fête de Noël nous entraîne infiniment plus loin.

Bien sûr, il est difficile de parler de joie à ceux qui souffrent dans leur corps et dans leur âme et pourtant voilà ce que nous apporte l’Emmanuel. Nous sommes invités à entrer dans sa joie. Jésus est venu parmi nous afin que l’amour de Dieu habite en nous. N’a-t-il pas dit : « Père, je leur ai révélé ton nom… afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux. » Jésus nous engage sur le sentier de la joie évangélique en mettant l’amour de Dieu au coeur de nos vies par le don de l’Esprit Saint. Et cette joie qui nous fait demeurer dans l’amour de Dieu commence dès ici bas. N’est-ce pas la Vierge Marie qui répond à la bonne nouvelle de l’Ange en s’écriant : « J’exulte de joie en Dieu mon Sauveur! »

Oui, la joie est au rendez-vous dans l’Évangile. Elle frappe à la porte de nos souffrances physiques, morales et spirituelles et elle nous invite au rendez-vous de Dieu, l’Emmanuel parmi nous!

Bonne et heureuse année 2012!

Alors qu’aux voeux à peine émis de la nouvelle année 2012 se mêleront toujours les cris de violence et les bruits de canons dans notre monde, nous portons aussi en nous chrétiens, les promesses inouïes de cette nuit de Noël, de cette Épiphanie, que nous venons à peine de célébrer.

Pourtant, pas besoin d’être un grand analyste de l’état du monde pour constater que l’on attend toujours ce règne de paix. La paix universelle nous échappe toujours. Le monde a-t-il vraiment changé depuis cette nuit de Bethléem? Est-ce que la venue du Christ a véritablement changé la face de notre monde? Nous ne savons pas comment aurait évolué notre monde sans cette influence déterminante du christianisme sur l’Histoire et la pensée humaine, mais ce que nous savons, c’est que la suite du Christ a transformé radicalement la vie d’une multitude d’hommes et de femmes au cours des siècles. Ils ont pris sur eux-mêmes, au nom de l’Évangile de transformer cette Terre, d’inaugurer des relations de paix, de justice et de miséricorde partout où ils passaient.

Des germes de paix et de justice sont nés dans le sillage de l’action de ces millions de témoins, comme de jeunes pousses au printemps qui parfois n’ont vécu que le temps d’une journée… Mais qu’importe, ils ont semé la bonne nouvelle et encore aujourd’hui cette espérance nous interpelle. Il ne s’agit pas ici d’une espérance à la petite semaine, d’une espérance facile et béate. Elle est profonde comme la mer cette espérance à l’image de la connaissance du Seigneur qui nous est promise. Elle est de tous les combats cette espérance, de toutes les luttes et c’est elle qui nous rend capable de nous engager, de nous aimer les uns les autres, de pardonner, de changer notre cœur, de recommencer quand tout s’écroule, de reconstruire… C’est cette espérance têtue et obstinée que nous devrions demander au Seigneur en ce début d’année 2012.

À tous les fidèles lecteurs et lectrices du blogue du Moine ruminant, une sainte année 2012!

Le Noël des marchands

Noël est l’un de ces temps de l’année où le mystère frappe à notre porte. Villes et villages, un peu partout dans le monde, soulignent l’événement. Mais il faut bien l’avouer, trop souvent le sens de la fête est perdu. Et le tourbillon du temps des fêtes en vient même à lasser les chrétiens et les chrétiennes pour qui cette fête marque pourtant la naissance de leur Seigneur et Sauveur. La fête de Noël fait maintenant partie du patrimoine humain. Aucune fête chrétienne n’a connu une telle popularité, bien que la fête de Pâques soit la plus grande des fêtes chrétiennes. Un enfant dans un berceau c’est tout de même plus fascinant qu’un homme cloué sur une croix! C’est pourquoi ce temps de l’année marque une convergence de traditions et de représentations qui ne semblent pas toujours faire bon ménage les unes avec les autres.Pour certains, Noël évoque surtout les souvenirs féeriques, réels ou imaginaires, des Noëls de l’enfance. Ces souvenirs évoquent souvent la nostalgie d’une fête dont on n’arrive plus à retrouver le sens. Les gens de cette catégorie ont souvent le Noël triste comme l’on dit de quelqu’un qu’il a le vin triste.

Il y a aussi le Noël des chrétiens, fête de la Nativité, qui n’a de sens que pour ceux et celles qui croient en l’Enfant-Dieu. Même dans cette catégorie il y en a qui ont perdu le sens de la fête. Ils jugent trop superficiel tout ce qui entoure Noël et ils ont parfois le sentiment de s’être fait voler leur fête!

Il y a enfin le Noël pour tous, le Noël démocratisé qui remporte la faveur populaire et qui conjugue sans difficulté la dinde de Noël, la course effrénée aux cadeaux et, à l’occasion, lorsque le temps le permet, une messe de minuit.

Pourtant, même ce Noël, que certains appellent le Noël des marchands, est porteur de sens et rejoint l’être humain dans ses aspirations les plus profondes par certaines de ses facettes. Il ne faudrait pas oublier que ce dernier-né des manifestations de la fête de Noël est marqué profondément par le christianisme. Il ne faudrait pas le renier trop facilement et l’envoyer coucher dans l’étable. Ce Noël sécularisé, celui que nous connaissons tous, est souvent un moment privilégié pour les réconciliations, l’accueil de l’autre et le don de soi. Quoi qu’il en paraisse, le Noël des marchands est souvent un Noël de générosité toute simple, sans prétention, par lequel les gens cherchent à se donner un temps de bonheur ensemble, à faire sens du temps qui passe en s’ouvrant à l’autre. Et ce bonheur, notre société, bien qu’elle se veuille laïcisée, elle le trouve près de la crèche.

Le Noël des marchands est une fête qui éveille le goût de donner chez les gens, surtout de se donner, ce qui explique sans doute pourquoi Noël est l’un des temps de l’année où les bénévoles se font les plus nombreux aux portes des organismes caritatifs de toutes sortes. En dépit de ses dérives, n’est-ce pas là une preuve que le Noël des marchands est une fête qui est toute proche de ses racines évangéliques et qui, lorsque bien vécu, peut devenir un prolongement tout naturel de la célébration liturgique que nous en faisons en Église.

Et pourquoi ne pas faire de ce Noël 2011 un vrai Noël de marchands, un Noël de marchands de bonheur accueillant dans leurs maisons ceux qui sont seuls, donnant un peu de nos tables à ceux qui ont faim, ouvrant nos cours à la réconciliation et au partage. Car n’est-ce pas là une conséquence inévitable du sens de cette fête. Ceux et celles qui se mettent à la suite de l’Enfant-Dieu se doivent d’être habités de sa générosité à Lui, car Noël c’est la fête de la générosité surabondante de Dieu. C’est Dieu qui se donne à nous! C’est Dieu-avec-nous et pour le monde : l’Emmanuel!

Yves Bériaut, o.p.

C’était le 6 décembre à l’École Polytechnique

bildeLe 6 décembre 1989, j’étais sur le campus de l’Université de Montréal quand a eu lieu la tuerie de l’école polytechnique. Quatorze étudiantes furent sauvagement assassinées. Je me souviens du deuil qui est alors tombé sur la ville de Montréal, comme une chape de plomb. Je revois cette marche de nuit vers l’Oratoire Saint-Joseph, les cierges, les pleurs… C’est moi qui présidais l’eucharistie de la communauté universitaire le dimanche suivant. Que dire à tous ces jeunes? Plusieurs me demandaient : « Où est Dieu dans tout cela? » Ce que j’ai dit alors demeure tout aussi vrai pour moi aujourd’hui :

« Ces jours-ci, notre espérance se tient comme au-dessus d’un abîme. L’horreur quotidienne qui défile sur le petit écran tout à coup nous rejoint. Nous nous pensions à l’abri et nous en somme victimes à notre tour, victimes du mal. Bien sûr, nous voulons comprendre, mais qu’y a-t-il à comprendre, sinon que la vie semble mise en échec. Et pour nous s’élève ici une question fondamentale, une question aussi fondamentale que le sens de la vie lui-même: « Où est Dieu dans tout cela? » Comme le dit un psaume : « Ça ne te fait donc rien de voir mourir tes enfants? »

Nous pouvons comprendre que la douleur puisse éveiller de telles questions chez plusieurs personnes. Mais la vision d’un Dieu indifférent et insensible est incompatible avec notre foi. Nous sommes créés à son image, Lui source de tout amour. Et la douleur qui nous habite ne peut provenir que de sa douleur de Père, de Mère.

Je n’ai pas honte de mon Dieu, même si je ne comprends pas tous les enjeux du mystère du mal. J’ai confiance en Lui. Et si l’on nous demande: « Où est-il ton Dieu? Quel est son visage?» La seule image que nous puissions offrir de Lui est celle d’un homme crucifié, exécuté, assassiné.

Notre Dieu ne cherche pas à se justifier. Il nous invite tout simplement à le regarder sur la croix. Dieu souffre avec nous. »

Marie, celle qui écoute

marie et l'enfant« L’être qui écoute, absolument parlant, est la vierge qui devient enceinte du Verbe et l’engendre comme son fils et comme le Fils du Père. Elle-même, aussi comme mère, reste servante; le Père seul est le Maître, avec le Fils qui est la vie de Marie et modèle de cette vie. Marie est fonction du fruit de son sein.Même après l’avoir engendré, elle le porte en elle; elle n’a qu’à regarder dans son coeur qui est plein de lui, pour le trouver. Mais elle ne néglige pas de regarder constamment l’enfant qui grandit à côté d’elle, le jeune homme, l’homme, dont les sentiments et les actes lui apparaissent sans cesse imprévus et surprenants, au point que, de plus en plus, elle “ne comprend pas” ce qu’il a dans l’esprit, lorsqu’il la laisse dans le Temple sans l’avertir, ou ne la reçoit pas quand elle vient lui rendre visite, ou cache sa puissance dans sa vie publique et sacrifie sa vie, et lorsque finalement il lui échappe encore au pied de la croix, en lui donnant un fils étranger, Jean, à sa place. Elle écoute, de toutes les forces de son corps, le Verbe qui retentit d’une manière toujours plus forte, toujours plus divine et apparemment toujours plus étrangère, le Verbe dont les dimensions la déchirent presque, et auquel elle a pourtant d’avance et radicalement donné son oui pour tout.

Elle se laisse conduire “où elle ne veut pas”, tant la Parole qu’elle suit est peu sa propre sagesse. Mais elle est d’accord avec cette conduite, tant la Parole qu’elle aime est “ensemencée” dans son coeur. (Jc. 1, 21). » p.20

Source : Balthasar, Urs von. La prière contemplative. Fayard, 1972.

Qu’est-ce que l’année liturgique?

Déjà se profile à l’horizon la fin de l’année liturgique avec la fête du Christ-Roi. La fête du Christ-Roi est assez récente puisqu’elle fut instituée par Pie XI à l’occasion de l’année sainte en 1925. Une fête qui a donc moins de cent ans. Mais la question de la royauté du Christ remonte à l’époque même de Jésus. Rappelez-vous quand Jésus devait se cacher parce que la foule voulait s’emparer de lui et le proclamer roi. Ou encore lorsque Pilate lui-même posait la question à Jésus : « Es-tu le roi des Juifs? » Jésus lui répondit que sa royauté ne venait pas de ce monde.Étrangement, l’année liturgique ne correspond pas à l’année civile. L’année liturgique commence quatre dimanches avant Noël et dure douze mois. Pendant cette période, l’Église dans sa liturgie dominicale, nous fait cheminer à travers les grandes étapes du salut, révélées en la personne de Jésus-Christ. L’année liturgique est bâtie autour de notre foi au Christ et son but est de nous aider à approfondir de dimanche en dimanche, l’extraordinaire mystère de l’incarnation du Fils de Dieu.

L’année liturgique commence donc avec l’Avent qui nous prépare à la fête de la Noël. De là, on chemine vers la fête des Rois et l’Épiphanie. Quelques semaines plus tard, vient le Carême, qui nous prépare à la fête centrale de notre foi, la fête de Pâques. Cette fête est suivie d’une période de cinquante jours, que l’on appelle le temps pascal, et qui nous mène à l’Ascension et qui culmine avec la fête de la Pentecôte. Entre ces périodes fastes de la liturgie se vit le temps de l’Église, le temps que l’on appelle ordinaire, qui reprend après la Pentecôte, du printemps jusqu’à l’automne, et qui nous conduit jusqu’à la fête du Christ-Roi, qui est le dernier dimanche de l’année liturgique. À chaque année, ce cycle liturgique recommence et pourtant on ne finit jamais d’en découvrir la nouveauté, car notre vie évolue et nous-mêmes nous changeons. Nous sommes donc invités sans cesse, en tant que chrétiens et chrétiennes, à revivre le parcours de notre foi à travers ses mystères et la vie de Jésus-Christ. Voilà ce qu’il nous est donné de contempler tout au long de l’année liturgique.

La rencontre de l’autre

« Si l’univers a une source divine, aussi bien comment n’aurait-il pas une fin divine? Comment chaque chose ne serait-elle pas revêtue de la splendeur du dessein qui se poursuit en lui (en l’univers), emportée par l’élan infini qui le soulève vers Dieu?

Quel ostensoir nous deviendrait chaque être, en vérité, si nous allions à la rencontre, en lui, de cette pensée divine qui est son identité véritable, si nous l’abordions avec le désir de dégager en lui cette part d’Infini qui doit rayonner par lui.

Toute rencontre devient une prière, tout regard fait sourdre l’oraison, toute la vie est religion. Je ne sais rien de plus simple ni de plus profond que cette contemplation qui, du matin au soir, découvre une présence divine au coeur des choses. Je ne connais pas de musique plus merveilleuse que ce chant qui jaillit des âmes dès que l’on s’agenouille devant leur mystère. »

Zundel, Maurice, L’Évangile intérieur. Éditions Saint-Augustin, 1998, p. 98.

Une Église pour le monde

Si Jésus revenait aujourd’hui, il ne serait pas étonnant de l’entendre proclamer sur une place publique ou dans une église, que l’homme n’est pas fait pour l’Église, mais que l’Église est faite pour l’homme. Mon propos ne se veut pas impertinent, n’ayez crainte; j’aime trop l’Église. Mais celui qui s’est fait le Serviteur des serviteurs rappellerait sans doute à ses disciples que l’Église qu’ils forment, et qui est son Corps, existe uniquement pour servir l’humanité, pour l’aider dans son travail d’enfantement à elle-même, afin de lui ouvrir la voie de l’humanisation et de la vie dans l’Esprit, afin de l’accompagner dans les chemins de la paix et de la justice, de la dignité et de la joie véritable. C’est en tenant compte de toutes ces harmoniques que le mot évangélisation des nations prend tout son sens puisqu’il conduit inévitablement à Dieu.

Dans la mouvance des nombreuses mutations que connaît l’humanité en ce début du troisième millénaire de notre ère, l’Église se doit de redécouvrir la voie du dialogue avec notre monde contemporain en s’inspirant des attitudes mêmes de Jésus. Si lui le Maître a été appelé l’ami des pécheurs et des publicains, il est faux de prétendre, comme le font certains, que les chrétiens et les chrétiennes doivent se couper du monde ou se désintéresser de ses entreprises si elles ne portent pas le sceau de la foi. La présence de l’Église à notre monde doit se manifester partout où des êtres humains sont en quête de sens. Elle doit accueillir et encourager tout effort vers la paix et la justice. Car aujourd’hui encore le Christ se fait entendre. Il est à l’oeuvre. Le Christ ressuscité est au coeur des cultures qui façonnent péniblement cette terre. Il est au coeur des entreprises humaines, où qu’elles soient, au-delà des barrières de langues, de races, de couleurs et de religions. Et c’est là qu’Il nous invite non seulement à aller porter sa Bonne Nouvelle de salut, mais aussi à la découvrir déjà à l’oeuvre au coeur du monde.

Le défi que pose l’inculturation de la foi aux chrétiens et aux chrétiennes est celui de reconnaître que tout être humain est en quête de transcendance, et que partout Dieu fait pousser des fruits qui ont goût d’Évangile. Ce sont des fruits qui croissent sûrement dans un terreau susceptible d’accueillir un jour la pleine lumière de la personne de Jésus-Christ, mais il importe avant tout de respecter l’originalité et la beauté de ce terreau, en l’aimant pour ce qu’il est et en se laissant interpeller par ses entreprises artistiques, culturelles, politiques, sociales, humanitaires et religieuses.

Les combats de l’humanité pour la justice et la vérité sont aussi nos combats. Sa quête de sens et ses aspirations spirituelles rejoignent aussi les nôtres. L’Église doit donc se mettre activement à l’écoute des diverses cultures, non seulement dans le but d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, mais afin de mieux entendre cette Bonne Nouvelle enfouie au coeur du monde. Bonne Nouvelle qui laboure notre terre et qui fait du peuple des baptisés, l’Église de Dieu pour le monde.

Bernanos à propos de l’Église

“Je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante. Pareille aux plus humbles, aux plus dénués de ses fils, elle va clopin-clopant de ce monde à l’autre monde; elle commet des fautes, elle les expie et qui veut bien un moment détourner les yeux de ses pompes l’entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres.”

(Bernanos, Les grands cimetières sous la lune.)

La communion des saints selon Bernanos

“La communion des saints… lequel d’entre nous est sûr de lui appartenir? Et s’il a ce bonheur, quel rôle y joue-t-il? Quels sont les riches et les pauvres de cette étonnante communauté? Ceux qui donnent et ceux qui reçoivent? Que de surprises! [...] Oh! rien ne paraît mieux réglé, plus strictement ordonné, hiérarchisé, équilibré que la vie extérieure de l’Église. Mais sa vie intérieure déborde des prodiges de libertés, on voudrait presque dire extravagants, de l’Esprit – l’Esprit qui souffle où il veut.”

(Georges Bernanos, Les prédestinés, Paris, Seuil, 1983, p. 99.)

Le pécheur et la sainteté

Parfois la vie spirituelle précède la vie morale. C’est ce que sainte Thérèse d’Avila affirmait au jeune Jean de la Croix, alors qu’il affirmait que l’on ne pouvait faire l’expérience de Dieu tant qu’on n’avait pas anéanti le péché dans notre vie. Thérèse lui répondit en lui donnant les exemples de la Samaritaine et de Marie, soeur de Lazare (la pécheresse au parfum). Elle aurait conclu son entretien avec Jean de la Croix en disant, “Seigneur délivrez-moi de ces saints qui font de tout de la contemplation”.

Voilà un enseignement solide qui est tout à fait en accord avec l’Évangile et qu’il nous faut nous rappeler fréquemment, car trop souvent nous croyons que nos fautes nous séparent irrémédiablement de Dieu, alors qu’elles devraient nous porter à nous rapprocher de Lui.

L’âme qui prend sa relation avec Dieu au sérieux ne pourra en rester à cette séparation, tout son être voudra se donner à nouveau à Celui qui est sa source vive. Pensons à la femme pécheresse qui lave les pieds de Jésus avec ses cheveux et qui y verse un parfum précieux. Jésus ne dira-t-il pas à son sujet : « parce qu’elle a beaucoup aimé, il lui fût beaucoup pardonné. »

Nous mésestimons parfois la force de l’amour qui est en nous et qui a sa source dans le Dieu Infini. Nous tombons alors dans ce piège subtil et terrible qui nous convainc que Dieu ne saurait jamais nous pardonner, que nous sommes indignes de son amour. Cette culpabilité risque alors de nous entraîner comme un poids, nous éloignant de plus en plus de Dieu.

C’est pourquoi il ne faut pas attendre d’être blanc comme neige avant de prendre la route qui mène au coeur de Dieu. Il accompagne déjà chacun de nos pas, chaque jour de notre vie, même ceux qui nous éloignent de Lui, car il est le Dieu qui ne saurait se détourner de nous, puisque son amour trouve son achèvement dans le pardon.

Un proverbe juif dit ceci : « Ne te mésestime pas, car Dieu lui ne te mésestime pas. »

La force du pardon

Le philosophe Jankélévitch affirme dans l’un de ses livres, que le pardon est mort dans les camps. Il fait allusion au drame de la Shoah, le génocide des juifs dans les camps de la mort pendant la Deuxième Guerre mondiale. Selon cet auteur, il y a des situations où le pardon est impossible sinon il devient obscène. Quotidiennement, des drames humains semblent donner raison à Jankélévitch et pourtant l’Évangile nous interpelle…

Comment concilier l’impardonnable avec la prescription de Jésus à ses disciples qui les invite à aimer leurs ennemis, à prier pour ceux qui les persécutent, à pardonner soixante-dix fois sept fois ? Non seulement l’enseignement de Jésus est-il explicite sur ce point, mais il met en garde ses disciples, les avertissant que Dieu ne saurait leur pardonner leurs torts si eux-mêmes ne pardonnent pas à leur prochain : « C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son coeur ».

Pourtant, le visage de la violence peut se faire tellement hideux qu’humainement parlant il ne mérite qu’une justice impitoyable, le moindre geste de pardon semblant suspect sinon condamnable. Cette problématique est vieille comme le monde et Dieu sait combien notre histoire n’est souvent qu’un long tissu de guerres, de vengeances et d’exactions commises au nom de cette justice visant à redresser les torts commis, tentant vainement de réparer l’irréparable.

Sans se substituer à la justice humaine, qui est un fondement nécessaire à nos organisations sociétaires, le pardon évangélique que propose Jésus nous invite à porter un regard neuf sur celui qui offense, qui blesse ou qui tue. Un regard de compassion où même la recherche de justice ne saurait être motivée par la haine. Un regard sur l’autre tel que vu par les yeux de Dieu. Un regard où le désir de vengeance ne saurait avoir le dernier mot.

Ce thème de la vengeance se retrouve dès les origines de notre histoire. Déjà au livre de la Genèse Dieu anticipe que l’on cherchera à se venger de Caïn pour le meurtre de son frère Abel. Il le marque d’un signe afin de le protéger. Et ce n’est que le début d’un cycle infernal. Un descendant de Caïn, Lamek, exprime bien dans son chant sauvage comment évolue cette spirale de la vengeance et de la violence : « Entendez ma voix, femmes de Lamek écoutez ma parole : J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. C’est que Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek, septante-sept fois ! » (Gen 4, 23-24).

La loi du Talion, l’« oeil pour oeil et dent pour dent », apparaîtra un peu plus tardivement dans l’histoire d’Israël et viendra témoigner d’un effort réel pour endiguer l’esprit de vengeance, en tentant de limiter les représailles en proportion du mal occasionné par l’adversaire. Mais les pages de la Bible témoignent éloquemment que la spirale de la violence ne saurait être freinée par des lois ou des codes moraux. Elle prend sa source dans le coeur de l’homme et les Sages et les prophètes d’Israël ne peuvent que rappeler à leurs compatriotes que « colère et rancune sont abominables aux yeux de Dieu » (Ben Sirac 27, 30).

Jésus s’inspire de cet enseignement dans sa prédication, mais il le pousse à un extrême jamais atteint lorsqu’il prêche l’amour des ennemis, ou encore, lorsque s’inspirant du chant de Lamek, il invite Pierre à pardonner à son prochain soixante-dix fois sept fois, soit autant de fois que celui-ci viendra demander pardon. Non seulement cet enseignement de Jésus est-il radical par rapport aux enseignements antérieurs, mais pour lui notre volonté de pardonner à notre prochain et la miséricorde de Dieu à notre endroit sont intimement liées. Si tu ne pardonnes pas à ton frère ou à ta soeur de tout coeur, à toi non plus il ne sera pas fait miséricorde.

Pour Jésus celui qui ne pardonne pas ne peut espérer être pardonné en retour. Il devra rembourser jusqu’au dernier sou sa dette. Mais à celui qui pardonne, il sera fait pardon. A celui qui fait miséricorde, il sera fait miséricorde. Cet enseignement jette un nouvel éclairage sur les enjeux de notre salut. Bien que la suite de Jésus soit une voie de perfection, ce n’est pas tant sur les oeuvres que nous serons jugés, mais sur l’amour que nous aurons eu les uns à l’endroit des autres. Quel défi et quelle exigence! Mais en même temps, il y a dans cet enseignement un souffle libérateur qui nous rappelle que Dieu nous accueille tels que nous sommes, avec nos grandeurs et nos misères. Et tout ce qu’il nous demande en retour, c’est d’agir les uns à l’endroit des autres comme lui agit envers nous.

Trop de fois pourtant l’épreuve de la réalité vient nous rappeler combien le mal peut nous blesser et combien trop souvent le pardon peut nous échapper. Combien de situations où nous avons envie de crier à Dieu : « Tu nous en demandes trop. Pardonner, jamais » ! Et de refus en refus, la vie s’étiole et dépérit en nous. Le drame humain poursuit sa course folle, nul salut en vue…

Jésus dans son évangile nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la soeur qui se dresse en ennemi. C’est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de porter un regard lucide à la fois sur soi et sur l’autre, qui est capable de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la soeur qui s’est égaré.

Utopique? Bien sûr! Comme tout l’évangile d’ailleurs. Mais parce que notre Dieu est le Dieu de l’impossible, ses paroles deviennent promesses pour nous. S’il nous invite à nous pardonner, s’il nous commande de nous aimer les uns les autres jusqu’à aimer nos ennemis, c’est qu’il nous sait capables d’un tel dépassement. Puisque nous sommes capables de Dieu (capax Dei), nous sommes capables d’aimer et de pardonner. C’est à cela que nous sommes appelés, c’est le coeur de notre vocation de fils et de filles de Dieu.

Jésus nous enseigne une voie de perfection pour accueillir le Règne de Dieu : le don réciproque les uns aux autres de cet amour prodigué si généreusement par Dieu et qui, dans sa pointe extrême, devient pardon, ce pardon total et inconditionnel dont témoigne Jésus sur la croix. En Jésus nos yeux ont contemplé l’Amour à l’oeuvre et nous savons désormais que seul l’amour qui sait pardonner est vrai et digne de ce nom. C’est dans cette vie imitée et contemplée que le pardon prend tout son sens pour les chrétiens et les chrétiennes, où il apparaît comme la seule force capable de soulever le monde et de transformer les coeurs.

Frère Yves Bériault, o.p.

Nos choix de vie : un appel au bonheur

Santa Maria in TrastevereUn évêque allemand, que j’ai eu la chance d’entendre prêcher à l’église Santa Maria in Trastevere, à Rome, à la communauté de San Egidio, proclamait bien fort dans son homélie : « Je suis fils de Dieu! Avant même que le monde soit créé, Dieu pensait à moi. Il m’aimait déjà et il voulait me créer. Et ce monde avec ses galaxies a été créé pour MOI, car JE suis fils de Dieu. Et il me demande de m’y engager avec tout cet amour qu’il a mis en moi, car JE suis fils de Dieu! » Ce fut une homélie à la fin de laquelle j’aurais voulu applaudir tellement l’enthousiasme de cet évêque était communicatif.

En rappelant ici cette homélie, je désire simplement souligner que notre vocation personnelle, mystérieusement, s’inscrit déjà dans le coeur de Dieu, avant même que nous ne soyons nés. Il ne s’agit pas ici de déterminisme, où nous n’aurions pas le choix de l’orientation de nos vies. Mais Dieu, dans sa prescience, voyait déjà chacun et chacune de nous, avant même la création du monde. Il se penchait déjà, avec amour, sur le rêve en devenir que nous étions; posant son regard bienveillant sur chacun de ses enfants en devenir, encore à l’état de rêve; posant son regard d’amour sur la fibre la plus intime de notre être et mettant en chacun et chacune un dynamisme de vie capable de regarder vers l’infini, capable de le reconnaître pour qui il est : Dieu, notre Père.

Je crois être venu au monde avec cet appel particulier à chercher Dieu de toutes mes forces, dans une vie qui lui serait entièrement consacrée. Cette vocation aurait sans doute pu se réaliser dans le mariage ou dans un célibat engagé dans le monde. Mais c’est Dieu qui appelle et qui inspire des directions à nos choix de vie. Je dirais qu’il nous souffle à l’oreille ce qui pourra être, pour nous, la meilleure voie d’épanouissement, sans que cela veuille dire qu’il n’y ait pas différentes voies possibles. Mais certaines sont mieux adaptées à ce que nous sommes, à ce que nous portons comme richesses, talents et sensibilités.

Il y a des choix de vie où nous sommes mieux assurés de trouver notre bonheur, notre épanouissement personnel, même si parfois ces choix semblent aller contre la logique de ce monde. À notre époque, dans nos sociétés occidentales, même le mariage est soupçonné. Avoir des enfants est quasiment perçu comme un geste irresponsable, dès que l’on dépasse un deuxième, si ce n’est dès le premier! Que dire alors de la vocation religieuse ou sacerdotale! Même des chrétiens s’en méfient et jugent parfois sévèrement ceux et celles qui s’y engagent.

La vocation religieuse ou sacerdotale est avant tout un choix de vie où, la personne qui s’y engage, y reconnaît une voie de bonheur et d’épanouissement supérieure à tout autre pour elle. Il s’agit d’une invitation de Dieu qui, secrètement, au fond du coeur de celui ou de celle qui est appelé, met un désir profond de suivre le Christ avant toute chose. Cela devient le premier choix de vie.

C’est un choix qui doit se faire, ni par sentimentalisme, ni par culpabilité, ni par crainte de dire non à Dieu, comme le présentent certaines spiritualités qui caricaturent l’appel de Dieu, mais ce choix doit être avant tout un oui au bonheur, en dépit des renoncements qu’il implique. Celui ou celle qui s’y engage, doit s’y engager parce qu’il y trouve sa joie. Il n’y a pas d’engagements de vie sans renoncements, mais toujours l’amour, la joie du don de soi, le désir de dire oui, nous font accepter les limites et les contraintes d’un choix de vie donné, les avantages étant tellement supérieurs aux renoncements. Même ces derniers sont au service de l’amour et le font grandir, l’aide à atteindre sa pleine maturité.

Oui, Dieu me demande de m’engager dans ce monde avec tout cet amour qu’il a mis en moi, car JE suis fils de Dieu!

Conseils du « Catholic Herald » aux journalistes en mal de succès

ROME, Jeudi 6 octobre 2011 (ZENIT.org) – L’Osservatore Romano reprend un article adressé par le site britannique Catholic Herald aux journalistes en mal de succès. Le secret de la réussite : critiquez le pape !

Le journal dresse le portrait d’un jeune journaliste fraîchement arrivé à la BBC News, bardé de diplômes et « prêt à conquérir le monde ». Mais une mauvaise nouvelle l’attend : le premier article que le directeur lui confie traite de l’Eglise catholique.

Avec humour, le « Catholic Herald » donne quelques conseils pour acquérir « le succès » : « Vous voulez faire bonne impression mais vous êtes complètement dépaysé. Que faire ? A qui s’adresser ? ».

« Quel que soit l’événement auquel le pape participe – conseille le Catholic Herald –, gonflez toujours les chiffres de ceux qui protestent. Cette année, à l’occasion de la Journée mondiale de la jeunesse à Madrid, le nombre de personnes qui protestaient étaient moins de 0,04 % des personnes favorables (5 000 contre 1,5 million) mais cela n’a pas empêché les têtes pensantes de la BBC de se concentrer presque exclusivement sur les contestataires et d’ignorer la dimension et le succès de la joyeuse célébration des jeunes catholiques ».

De la même manière, « dans une autre émission de la BBC sur le voyage du pape en Allemagne, quelque 200 contestataires sont devenus ‘plusieurs milliers’ ». Des mots comme « plusieurs » sont à utiliser parce qu’ils sont plus évasifs que de véritables chiffres. « Si vous avez un doute, soyez vagues et approximatifs sur la raison de la contestation ».

Par ailleurs, conseille le journal britannique, « n’importe quelle voix qui s’élève sur de possibles désaccords de la part de politiques ou d’autres responsables religieux sur une visite du pape doit être racontée comme un événement ».

« Il est aussi utile de mêler différents types de christianisme, tant les lecteurs ne savent pas la différence entre l’archevêque Rowan Williams et l’archevêque Vincent Nichols, et cela contribue à transmettre l’image d’une Eglise divisée et en piteux état ».

Détail d’importance : assurez-vous aussi de faire remarquer que « les enseignements de l’Eglise contrastent avec la morale à la mode aujourd’hui, qu’il s’agisse de contraception, de changement climatique ou d’immigration ».

Si possible, « utilisez des photos avec le pape de dos. Elles sont fantastiques parce qu’elles impliquent qu’il est isolé et impopulaire. Ne vous laissez pas convaincre par les témoignages oculaires qui le décrivent comme une personne énergique et entourée de milliers de défenseurs ».

Enfin, « il est très important d’utiliser généreusement Adolf Hitler », précise Catholic Herald. « Aucun article sur Benoît XVI ou sur l’Eglise catholique n’est complet sans une référence aux nazis, et surtout au fait que le pape a été membre des Jeunesses hitlériennes. Ne perdez pas de temps à lire ses déclarations à ce sujet ou à demander à quelqu’un qui connaît bien l’histoire de cette période. Vous pourriez découvrir que Ratzinger était un jeune réticent, obligé de faire partie de ce groupe équivalent à un service militaire à une période où tous les jeunes étaient contraints de faire partie d’une organisation étatique ». « Qu’auriez-vous fait, vous ? Non, souvenez-vous seulement qu’il en faisait partie ».

Marine Soreau

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