Homélie pour la Vigile pascale

Icône de la Résurrection

Si nous sommes ici en cette nuit de Pâques, c’est que le témoignage des trois femmes du récit évangélique est parvenu jusqu’à nous, par vaux et par monts, retransmis de siècle en siècle, jusqu’à retentir à nos oreilles et dans nos cœurs. Ces trois femmes sont les premières témoins du matin de la résurrection et nous recevons leur précieux témoignage sans omettre de nous interroger en cette nuit et de nous demander : qui est le Christ pour nous? Que cherchons-nous en cette semaine et en cette nuit où nous avons pris de notre temps afin de revivre avec le Seigneur Jésus le chemin de sa passion?

Il ne peut y avoir qu’une soif en nous qui nous fait nous avancer ainsi en cette Vigile, comme Marie Madeleine, Jeanne et Marie, vers le tombeau vide. Dans le livre de ses Confessions, Dieu dit à Augustin : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé! » Ce Dieu, plus proche de nous que nous ne le sommes de nous-mêmes, est celui-là même qui est à la source de notre désir. En Jésus Christ, nous proclamons en cette sainte Vigile, que le Christ avec sa Parole de vérité est celui qui nous fait vivre. Qu’il fait de nous, avec lui, des vivants! C’est pourquoi la fête de Pâques est la grande fête de notre foi, et tous les textes sacrés entendus en cette nuit sont une invitation qui nous est faite à nous réapproprier le premier matin de Pâques, afin de redécouvrir l’extraordinaire nouveauté de Jésus ressuscité en nos vies.

Chacun et chacune de nous sommes venus au Christ par des chemins tout aussi différents que nous ne le sommes les uns des autres. C’est une recherche commune qui nous unit et parce que nous cherchons ensemble et que nous croyons ensemble, nous ne cessons d’approfondir le don que Dieu nous fait en Jésus Christ et nous ne cessons de nous en émerveiller.

Mais il y a bien des manières de s’attacher à Lui et si chacun de nous pouvait prendre la parole ce soir, nous serions émerveillés par la diversité des cheminements et des raisons qui nous font suivre le Seigneur Jésus. Imaginons un peu ce que l’on pourrait entendre :

« Si je suis ici ce soir, c’est que j’ai trouvé en Jésus un homme qui a vécu et parlé de la vie comme nul autre. Il se dégage une telle force dans sa manière de me montrer le chemin qui mène à Dieu que je crois en sa parole. »

« Si je crois au Christ, c’est que le témoignage de sa vie s’est imposé à moi. Si la vie a un sens, si elle vaut la peine d’être vécue, c’est de donner sa vie comme Jésus l’a fait pour les plus petits et les plus faibles d’entre nous. Voilà ce qui me fait vivre, et, pour moi, il n’y a pas de plus grand maître sur cette route que le Seigneur Jésus. »

« Si je suis ici ce soir, c’est peut-être parce qu’à force de méditer les évangiles, à tenter de les vivre dans mon quotidien, je me suis attaché à cet homme Jésus. Comme si tout à coup, cet inconnu de la Galilée, m’était devenu proche, comme un ami, un conseiller. À travers son message d’amour et de pardon, la vie de cet homme s’est mise à compter pour moi. Je me suis surpris à l’aimer, à être touché par son combat, comme si sa lutte était devenue la mienne. »

« Si je crois au Christ, c’est qu’en cheminant avec des chrétiens, en approfondissant ma vie de prière, en me nourrissant des sacrements, Jésus est devenu une présence vivante en moi, dont je ne pourrais plus me passer. Comme si la foi en Jésus et en sa parole me faisait vivre à mon tour ce qu’ont vécu tous ceux et celles qui l’ont suivi avant moi : ce sentiment d’être aimé par lui, accueilli avec mes rêves et le poids de mes faiblesses. »

« Si je suis ici ce soir, c’est qu’au cœur de l’épreuve et de la maladie, il était le seul en dernier lieu, vers qui je pouvais me tourner dans mon impuissance; et je n’ai pas été déçu. Mystérieusement le Dieu de Jésus-Christ était au rendez-vous et dans ma prière j’ai trouvé la paix, en dépit de ma souffrance, j’ai trouvé le courage de porter ma croix avec lui. C’est pourquoi je crois en lui. »

À tous ces témoignages, j’ajouterais que nous croyons au Christ parce que la pierre qui retenait la vie a été roulée sur le côté. La vie qui était captive de la mort a été libérée de ses entraves. Il est devenu notre éternel printemps et il a fait de nous des intimes de Dieu.

Un philosophe grec (Héraclite) disait, il y a déjà 2, 500 ans : « Si tu ne sais pas espérer, tu ne pourras jamais accueillir l’inespéré. » En cette Sainte Vigile, qui est la mère de toutes les vigiles, de toutes les attentes au cœur de la vie des hommes, nous proclamons que l’inespéré s’est fait chair, que le Fils du Père a habité parmi nous et qu’il a vaincu la mort.

Trois femmes ont accueilli la Bonne Nouvelle à l’aube de ce matin où chantaient tous les matins du monde. Et leurs voix, se joignant à celles des anges, se font entendre jusqu’à ce jour : « Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts? Il n’est pas ici, il est ressuscité! » Car, voyez-vous, au matin de Pâques, la vie a pris la clé des champs, la route des écoliers. Depuis lors, elle va d’ici, de là, se donnant à quiconque veut marcher à la suite de cet Homme de Galilée, lui le premier des vivants!

Réjouissons-nous! Célébrons! Rendons grâce à Dieu! Christ est ressuscité! Il est vraiment ressuscité! Amen!

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